FORT DE SAINT-MENGE ou de Ligniville
Design, création CLERIN Vincent ©CLERIN Vincent  

Construction :

1874-1881, puis dès 1882 il subira des travaux de modernisation et de réfection.
Le fort est totalement construit en maçonnerie, sur la roche et dans la roche, à l'exception de l'abris caverne et des postes d'observations recouverts de béton.


Carractéristiques :

Fort d'arrêt dit de ceinture ou détaché.
Ouvrage complexe d'une superficie de 22 hectares, recouvrant la partie Nord d'un petit plateau, situé à 7500 m au Nord-Ouest de Langres.
Fort à enveloppe abritant divers magasins légers, dominant les pentes du plateau, avec deux batteries de flanquement et une batterie en capitale, elles même protégées par des bastionnets implantés sur de petits éprons rocheux.
Le réduit de forme trapézoïdale, d'environ 8 hectares, occupe la partie centrale du plateau, et ferme la partie Sud de l'enveloppe. Il est entièrement ceintré d'un fossé avec murs d'escarpe et de contre-escarpe en maçonnerie, protégé par deux caponnières.
Un cavalier à cinq face abrite les casernements, les locaux de subsistance et de maintenance, ainsi qu'une infirmerie et une boulangerie. On circule sous le cavalier par une gallerie permettant d'accéder à 4 vastes casemates à tir indirect, à 2 coffres d'escarpes couvrant les fossés des deux batteries qui lui sont accolées, ainsi qu'à divers montes charges, permettant de ravitailler des magasins situés au dessus du casernement. Au centre du fort un impressionnant monte charge permettait de monter les pièces d'artilleries sur le cavalier.
Le réduit est doté de deux poudrières d'une largeur exeptionnelle de 8 m, renforcées, lors de sa modernisation, pour être à l'épreuve des obus torpilles et complétées en 1885 par un magasin caverne situé dans l'enceinte de l'enveloppe.
Dans le réduit, il n'y a que 2 ensembles de latrines à fosses fixes.
Une chapelle, construite en 1840, sera conservée dans l'enceinte de l'enveloppe.


Le fort dans l'organisation du camp retranché :

Il assurait la protection du secteur Nord-Ouest du camp retranché de Langres, en croisant ses feux avec les forts de Dampierre et de la Pointe de Diamant.
Sa position à la croisée de la vallée de la Marne et du val de Gris lui permettait de contrôler le canal de la Saône à la Marne, la route en provenance de Chaumont, mais surtout la voie férée allant de Paris au noeud férovière de Chalindrey.


Capacité et armement :

Le fort pouvait héberger 8 officiers et 328 hommes en temps de paix ou 19 officiers et 791 hommes en temps de guerre.
Son armement se composait de 68 pièces d'artilleries dont 55 pièces de rempart, 3 pièces à tirs indirects et 10 pièces de flanquement.


Approvisionnement en eau :

Les eaux de pluie sont collectées et achemminées vers un système d'assainissement Rouby puis stockées dans une citerne de 200 m3.
Ce système est renforcé par un puit de 26 m de profondeur d'un débit de 10 m3 par jour. Par ailleurs, le plateau de Jorquenay offre plusieures sources naturelles, dont la principale, à 500 m en avant du front de gorge, débite 10 m3 par jour.


Anecdote :

Sa construction causa pas mal de soucis au service du Génie. La faillite de l'entreprise adjudicataire en 1876 entraina d'importants retards (il faudra 7 ans pour le construire), un surcoût et un long contentieux avec l'entreprise qui accusa le Génie d'avoir falsifié les décomptes des travaux et d'être responsable de sa faillite.
Déjà, un an après le début des travaux, le paiement des terrassements et le transport des déblais payés à la brouette étaient contestés par l'entreprise, même le bordereaux de prix, accepté au début des travaux, faisait l'objet de critiques, à cause des difficultés rencontrées sur le terrain. Le travail n'avançant pas, l'ordre suivant fut donné à l'entreprise :
"Le retour de la belle saison et son peu de durée dans ce pays exige que l'entrepreneur donne à ses chantiers toute l'activité dont ils sont susceptibles. Les travaux nécessitent la présence sur les chantiers d'un minimum de 400 terrassiers et 100 maçons. Dans ces chiffres ne sont pas compris les carriers en nombre suffisant pour fournir 250 m3 de moëllons par jours, les piqueurs de moëllons, les tailleurs de pierres, les manoeuvres, les charretiers, les conducteurs de wagonnets... En un mot tous les hommes qui servent au transport... L'entrepreneur devra maintenir en permanence sur le chantier une avance de sable équivalente à la consomation d'une quinzaine soit environ 800 m3. Cette avance pour la chaux et les moëllons à pied d'oeuvre sera réduite à la consommation nécessaire pour quelques jours soit environ 80 m3 de chaux et 800 m3 de moëllons."
A cet ordre, l'entrepreneur répondait :
"Je fais tout mon possible pour me conformer à votre ordre... J'ose vous demander un peu d'indulgence pendant les quelques jours que vont durer les moissons... Les ouvriers se font de plus en plus rares... Nous en aurons lorsque la récolte sera entièrement levée".
En fait, l'effectif des ouvriers sur le chantier ne dépassera jamais 136 terrassiers et 77 maçons. L'entreprise, ayant sous-estimé l'ampleur et la difficulté du chantier, ne pourra jamais faire face à ses engagements et déposa le bilan en voulant rendre le Génie responsable du désastre.
Le 24 mai 1876, un nouvel entrepreneur repris le chantier, mais avec une surenchère de 16%.